Nous sommes mardi soir, je sais depuis 5 jours que je suis enceinte, nous nous apprêtons à nous coucher. Je vais au toilette et en m’essuyant je remarque des traces de sang. Je tremble mais de nature très positive je ne pense pas au pire. Je regarde sur internet et me rend compte que c’est fréquent en début de grossesse sans être pour autant inquiétant. J’en parle à l’amoureux qui lui se mets à stresser. Une heure plus tard je retourne au toilette, je saigne encore. Une quantité suffisante pour être inquiétante. Nous décidons d’aller aux urgences gynécologiques. Nous sommes immédiatement pris en charge par une infirmière qui me fait une prise de sang «  Dans 1 h nous aurons les résultats, vous verrez ensuite le médecin ». Nous attendons donc dans la salle d’attente. De longues minutes plus tard, une aide-soignante vient me voir en me disant que le médecin était en césa et qu’il y aurait de l’attente je lui demande de me donner les résultats de ma pds en attendant. Elle revient avec un papier dans les mains et sans me regarder dans les yeux s’assoit sur la table basse en face de ma chaise. Je n’ai plus qu’un mince espoir vite balayé par un « je suis désolée » elle m’explique que mon taux est inférieur à 2, qu’il n’y a plus de grossesse. Il faut attendre d’être examinée par un médecin pour voir si il est nécessaire de faire un curetage ou non.

Je suis quelqu’un de pudique. J’ai une boule de tristesse qui part de mon ventre et remonte dans ma gorge. Je ne l’a laisse pas finir dans mes yeux. Je refuse de pleurer dans une salle d’attente. Je repousse gentiment le câlin de l’amoureux qui pourrait tout faire basculer. J’évite son regard. Je me concentre sur tous les détails de la pièce, je lis tout ce que je peux lire, « ceci est une poubelle, pas un objet de déco » « appuyer sur un pour activer l’interphone » « machine à eau en panne ne pas utiliser ». Je m’interdis de penser ! Après de longue minute le médecin arrive avec un étudiant. Ils me posent de nombreuses questions, je réponds tel un robot toujours en me concentrant sur des détails dans la salle pour m’empêcher de penser. Ils m’examinent, bonne nouvelle pas de curetage. Je peux reprendre les essais dès mon prochain cycle. Au moment de partir l’étudiant sans doute pour me remonter le moral me lâche un « c’est rien à ce stade ». Normalement j’ai un sens de la repartie infaillible mais là je sens que ça pourrait être la goutte d’eau qui fasse que je m’effondre alors je ravale ma salive et réponds « merci, au revoir ». Je reste silencieuse dans la voiture malgré les tentatives de discussions de mon chéri. Il est 4h du matin, mon frère qui est venu garder les enfants dort dans le salon. J’écoute la maison silencieuse sans trouver le sommeil, sans m’autoriser encore à pleurer. Mon réveil sonne, je dépose les enfants à la crèche, au retour je passe à la pharmacie, il y a la queue et pourtant je sens que c’est là. Que mes larmes ne tiendront pas plus longtemps à l’intérieur de moi. Je les ravale avec difficulté. Mon acide folique en main je marche les quelques pas qui séparent la pharmacie à chez moi. Je retiens mes larmes comme une envie d’aller au toilette je sens que je ne tiendrais pas. J’ouvre ma porte et je n’ai pas le temps d’aller plus loin. Je m’effondre dans mon entrée. Je pleurs tout ce que je peux pleurer à en avoir mal à la tête. Je me fais couler un bain et m’aperçois que de longues secondes après y être entrée qu’il est glacé. Je suis anesthésiée. Je ne ressens plus rien.

Le lendemain ça ira mieux, une belle journée des 1er soleils de mai en famille m’a permis de relativiser. Après avoir analyser tout ça je pense que c’était plus une immense déception. Tout était parfait, le terme était top, j’avais tenu mon régime à la lettre sans un écart et sans éveiller aucun soupçons dans mon entourage. C’était un j++ ce qui me faisait espérer une petite nenette. J'ai pu réver 5 jours...